La question de la mobilité des salariés entre leur domicile et leur lieu de travail est devenue un enjeu stratégique pour les entreprises. Entre obligations légales, dispositifs incitatifs et transition écologique, les employeurs disposent aujourd’hui d’un éventail de solutions pour accompagner leurs équipes tout en maîtrisant les coûts. Voici un tour d’horizon des mécanismes essentiels à connaître.
Ce qu’il faut retenir
- Les entreprises ont l’obligation légale de rembourser au moins 50 % des abonnements aux transports publics de leurs salariés.
- Le forfait mobilités durables permet aux employeurs de financer jusqu’à 500 euros par an les trajets réalisés à vélo ou en trottinette.
- Le covoiturage est encouragé par l’instauration d’une prime dédiée, cumulable avec la prise en charge des transports en commun dans une limite globale de 600 euros.
- Les employeurs peuvent indemniser l’utilisation du véhicule personnel selon un barème kilométrique, avec des avantages fiscaux renforcés pour les véhicules propres.
- Les dispositifs de mobilité durable bénéficient d’exonérations de cotisations sociales, offrant ainsi une solution avantageuse tant pour l’entreprise que pour le salarié.
- Les entreprises de plus de 50 salariés situées dans de grandes agglomérations doivent obligatoirement mettre en place un plan de mobilité pour réduire l’impact environnemental des déplacements.
Le remboursement obligatoire des abonnements aux transports publics
Les règles de prise en charge par l’employeur
En France, 74 % des employés se rendent au travail en voiture, un chiffre qui monte à 87 % dans les zones rurales. Pourtant, la loi impose aux employeurs une participation minimale aux frais de transports publics de leurs salariés. Cette obligation concerne l’ensemble des titres d’abonnements, qu’il s’agisse du métro, du bus, du tramway ou du train, à hauteur d’au moins 50 % du coût de ces abonnements. Pour les périodes couvrant 2022 à 2025, ce seuil d’exonération de cotisations sociales est porté à 75 %, ce qui représente un avantage fiscal significatif pour les entreprises comme pour leurs collaborateurs. La prise en charge se calcule sur la base d’un tarif en seconde classe et pour le trajet le plus court entre la résidence habituelle du salarié et son lieu de travail.
Les modalités administratives pour les salariés
Pour bénéficier du remboursement de leur abonnement, les salariés doivent présenter leur titre de transport à leur employeur. Cette prise en charge doit obligatoirement figurer sur le bulletin de paie, garantissant ainsi une transparence totale dans le traitement de ces frais. Les salariés à temps partiel ne sont pas oubliés : ils bénéficient d’un remboursement proratisé en fonction de leurs heures travaillées, ce qui assure une équité entre tous les membres de l’équipe. Les salariés en congé peuvent également conserver le bénéfice de la prise en charge dès lors que leur titre couvre un trajet effectivement réalisé.
Le forfait mobilités durables pour encourager les trajets écologiques

La mise en place de la location de vélos et trottinettes
Face à l’urgence climatique, le législateur a créé un outil puissant pour diversifier les modes de déplacement domicile-travail : le forfait mobilités durables. Ce dispositif permet aux entreprises de prendre en charge les frais engagés par leurs salariés pour des trajets réalisés à vélo, en trottinette ou via d’autres engins de déplacement personnel. Son montant a été fixé à 500 euros par an et par salarié depuis le 1er janvier 2021, et il est exonéré de cotisations sociales. La location de vélos, qu’il s’agisse de vélos classiques ou à assistance électrique, entre pleinement dans le cadre de ce forfait, tout comme l’utilisation de trottinettes en free-floating. Pour les déplacements à vélo, une indemnité de 0,24 euro par kilomètre parcouru peut s’appliquer, dans la limite de 40 kilomètres pour un trajet aller.
La valorisation du covoiturage pour se rendre au travail
Le covoiturage domicile-travail représente une autre piste sérieuse pour réduire l’empreinte carbone des déplacements tout en créant du lien entre collègues. Selon les données disponibles, près de 70 % des trajets domicile-travail sont encore réalisés seul en voiture, ce qui laisse une marge considérable pour le développement de cette pratique. Une prime de covoiturage de 100 euros a été instaurée depuis le 1er janvier 2023 pour encourager les salariés à adopter ce mode de déplacement. Pour en bénéficier, il faut être titulaire du permis de conduire, effectuer au moins 10 trajets en 3 mois, et le trajet ne doit pas excéder 80 kilomètres. Cette prime est versée en deux temps, d’abord une partie après le premier trajet, puis le solde après le dixième. Le forfait mobilités durables est par ailleurs cumulable avec la prise en charge des frais de transport en commun, dans une limite globale de 600 euros, offrant ainsi une souplesse bienvenue aux salariés multi-modaux.
La gestion des indemnités kilométriques pour les véhicules personnels

Les barèmes applicables aux voitures électriques et hybrides
Lorsqu’un salarié utilise son véhicule personnel pour se rendre au travail, notamment parce qu’aucune solution de transport en commun n’est disponible ou adaptée, l’employeur peut prendre en charge tout ou partie des frais engagés. Les indemnités kilométriques sont calculées selon un barème officiel tenant compte des kilomètres parcourus et de la puissance fiscale du véhicule. Pour les véhicules électriques, hybrides rechargeables ou à hydrogène, une prime de transport spécifique peut être versée, exonérée de cotisations sociales jusqu’à 600 euros par an et par salarié. Cette mesure vise directement à accélérer la transition vers des véhicules moins émetteurs de CO2 au sein des parcs automobiles des salariés. Les frais de carburant pour les véhicules personnels pourront également être remboursés, exonérés d’impôt et de cotisations, dans une limite de 600 euros par salarié, à partir du 1er juin 2026.
L’impact sur les cotisations sociales pour l’entreprise
La mobilité durable en entreprise n’est pas seulement une question d’image ou de responsabilité environnementale : elle présente des avantages économiques concrets. Les différentes prises en charge des frais de déplacements domicile-travail sont, sous certaines conditions, exonérées de cotisations sociales, ce qui allège significativement le coût global pour l’employeur. Les entreprises d’au moins 50 salariés situées dans une agglomération de plus de 100 000 habitants ont par ailleurs l’obligation d’établir un plan de mobilité depuis le 1er janvier 2020, anciennement appelé Plan de Déplacements Entreprise. Ce document stratégique vise à encourager des alternatives durables à la voiture individuelle et à réduire l’impact environnemental des trajets professionnels. Au-delà des obligations légales, une politique de mobilité bien pensée permet aux entreprises de valoriser leur marque employeur, d’attirer des talents sensibles aux enjeux écologiques et d’améliorer la qualité de vie au travail de leurs équipes.

Mettre en place une politique de mobilité cohérente nécessite de prendre en compte l’ensemble des dispositifs disponibles. Voici les principaux leviers sur lesquels une entreprise peut agir :
- La prise en charge à 50 % minimum des abonnements aux transports publics
- Le versement du forfait mobilités durables pour les trajets à vélo ou en covoiturage
- Les indemnités kilométriques pour les salariés utilisant leur véhicule personnel
- La prime de transport pour les véhicules électriques, hybrides ou à hydrogène
- La flexibilité des horaires pour adapter les déplacements aux transports disponibles
En combinant intelligemment ces différents dispositifs, les employeurs peuvent non seulement répondre à leurs obligations légales, mais aussi construire une véritable culture de la mobilité douce au sein de leur organisation. La transition écologique dans les entreprises passe aussi, et peut-être surtout, par la façon dont les salariés rejoignent chaque matin leur lieu de travail.




